Entretien avec Vitor Claro, producteur de grands vins naturels


par Kris Jeuris, 20 septembre 2019

Vitor Claro a débuté sa carrière en tant que chef-cuisinier et c’est ainsi que nous avons fait sa connaissance, celle de l’homme qui proposait à partir des plats traditionnels portugais, des créations raffinées et contemporaines. En 2010, lors d’une mission dans la cuisine d’un hôtel de l’Alentejo, il fut intrigué par la viticulture et commença à élaborer son premier vin avec un viticulteur dont il s’était lié d’amitié.

Les chiffres

Portugal Collection partner depuis 2016 

Production annuelle: 20.000 bouteilles 

Superficie de la plantation
à Portalegre: 3,5ha
à Carcavelos: 2ha

Cépage dominants:
Portalegre: Trincadeira, GrandNoir, Castelão, Aragonez, Tamarez, Arinto. 
Carcavelos: Santareno, Galego Dourado, Arinto 

Altitude moyenne des vignes:
Portalegre: 650m
Carcavelos: 100m

Composition du sol
Portalegre: granite
Carcavelos: argile

 

Quelle a été votre première expérience vinicole ?
Il y a 15 ans, au restaurant où j’étais actif en tant que chef à l’époque, Dirk Niepoort me fait découvrir un Porto Colheita 1898 (!) fait par son arrière grand-père. Un Château Margaux 1986, que j’ai pu déguster chez Dirk peu de temps après, a également contribué à attiser la passion. 

Pourquoi es-tu devenu vigneron? Quela été le premier vin que tu as réalisé ?
En dégustant des vins d’exception, j’ai commencé à réfléchir et à me forger progressivement ma propre idée sur un aspect très important du vin et de la gastronomie : la finesse. Au départ, cela a surtout changé mon point de vue sur la cuisine. De là, une petite révolution s’est produite dans ma cuisine.
En 2008 et 2009, j’ai été chef dans un hôtel d’Alentejo qui produit également son propre vin, et j’ai pu faire l’expérience de 2 saisons. La vinification m’a fasciné, même si le style de vins de l’hôtel ne m’a pas vraiment charmé. Donc, en 2010, j’ai réalisé mon propre vin, sans expérience, mais avec le soutien (tél.) de Dirk Niepoort. Il a donné lieu à 2 barriques de Domino en blanc et 2 en rouge. Depuis, je produis plusieurs milliers de bouteilles chaque année. En 2014, j’ai rencontré ma femme Rita, qui m’a immédiatement accompagné dans ce beau projet. 

Referais-tu cela de la même façon aujourd’hui ? Que ferais-tu autrement ... ? Maintenant, 9 ans plus tard, je sais certaines choses que je ne savais pas à l’époque, qui font évoluer le vin, mais en fait je n’ai pas beaucoup changé. 

Qu’est-ce qui rend les régions où tu travailles si spéciales ?
Surtout à Portalegre, parmi les générations plus âgées, il y a encore une vraie connaissance du métier, une sagesse qui m’attire énormément. Les agriculteurs plus âgés ne font pas nécessairement du vin sous leur propre étiquette, mais ils en savent beaucoup sur les techniques d’élagage, le temps de récolte et d’autres usages locaux.
Le fait que, en combinaison avec des pieds de vigne souvent très vieux que vous trouvez dans les montagnes de Portalegre -la majorité des vignes avec lesquelles je travaille ont presque 100 ans- donne à la région quelque chose de très spécial. 

Comment préférez-vous boire vos vins ? 
Le blanc avec du poisson délicatement cuit à la vapeur et des plats crus et légèrement assaisonnés ; le rouge avec le porc ibérique grillé, les côtelettes d’agneau et des champignons sauvages. 

De quel vin êtes-vous le plus fier ? 
Récemment : surtout de l’Alentejo de 2016. Pour la première fois, nous avons pu travailler full autonome et réaliser ce vin dans notre propre ‘garage’. Je dis garage parce que c’est exactement le cas. En termes de technologie, il n’y a rien. Nous n’avons que des cuves inox et de vieilles barriques en bois, mais ils sont les nôtres. Dans les années précédentes, nous devions toujours travailler dans des caves louées. Ce n’est pas la même chose.
Dans l’ensemble, je suis toujours le plus fier de nos vins 2010. J’apprécie beaucoup de voir comment encore aujourd’hui ils progressent. Et nous l’avons produit uniquement sur le sentiment. 

Quels vins dans votre cave privée chérissez-vous ?
Un très vieux Porto de Niepoort des années 1920. 

Quelle bouteille emporteriez-vous avec vous sur une île déserte ?
Probablement une bouteille de Champagne de toute façon. Crystal 1989 sera toujours très apprécié. 

Si vous produisiez du vin ailleurs dans le monde, ce serait où ?
Je ne peux que dire en Bourgogne Côte de Nuits, pour la raison évidente de finesse. 

Si vous pouviez donner à nos clients un conseil : 
Restaurant à ne pas manquer dans votre région : Tombalobos, à Portalegre
Restaurant à ne pas manquer au Portugal : Solar dos Nunes, pour ses ragoûts et Nunes Real pour ses fruits de mer, tous deux à Lisbonne.
Plage préférée : Cabanas de Tavira, en Algarve
Bar à vins favori : A Margem, à Belem Site historique : Monsaraz 

Vitor Claro sera présent pendant notre dégustation d'automne le 20 et 21 octobre à Heusden-Zolder.
Vous trouvez tous ses vins ici