Le Vignoble Portugais, état des lieux


par Kris Jeuris, 02 juin 2019

Nous suivons maintenant depuis 20 ans l’évolution régulière du vignoble portugais, et nous ne nous sommes jamais ennuyés. Cela nous semble être le bon moment pour vous proposer un état des lieux.

Succès
Si nous examinons les chiffres des exportations de vin, le Portugal se porte bien. Elles sont passées au cours des 10 dernières années de 600.000.000 EUR à un peu moins de 800.000.000 EUR. Ce sont de beaux résultats, qui prouvent que le Portugal, malgré des volumes de production modestes, peut prétendre à sa place parmi les grands.

L’explication la plus importante de ce succès est le caractère unique que ces vins présentent. Cette singularité rend difficile la conquête d’une position dominante, mais est idéale dans son rôle apprécié d’acteur de niche. Les œnophiles exigeants apprécient l’authenticité et l’originalité de ces vins. Ils découvrent au Portugal des vins qui ne sont certainement pas qualitativement inférieurs aux vins des vignobles étrangers traditionnels, mais qui proposent clairement un caractère unique.

Dans leur quête de singularité, les vignerons portugais peuvent compter sur un ensemble d’ingrédients : les plus évidents sont un climat bien particulier et la vaste panoplie de cépages autochtones à leur disposition. Mais également les caprices du relief – le Portugal est particulièrement accidenté, spécialement dans sa moitié Nord – qui imposent une implantation dans la plupart des cas de petites parcelles et qui favorise donc une approche qualitative. Enfin, au fil de la dernière décennie, la modernité a fait son apparition, avec un certain retard par rapport aux pays voisins, mais en gardant un bel équilibre avec le savoir-faire ancestral.

Climat unique
Le caractère unique du climat portugais est incontestablement lié à l’Océan Atlantique. Ce dernier a globalement un effet rafraîchissant, étant entendu qu’au niveau local, de grandes disparités peuvent apparaître. Avec une distance du nord au sud de plus de 600km et un paysage traversé çà et là par une chaîne montagneuse, cela n’a rien de surprenant.

L’impact est le plus fort dans la partie Nord-Ouest, et se traduit par la présence d’une brise océanique fraîche, mais également par des précipitations remarquablement élevées. En suivant la côte vers le Sud, les températures moyennes augmentent mais l’influence de l’océan perdure.

Les cartes climatiques font apparaître deux régions bien distinctes scindées le long du cours du Tage. Celui-ci gagne le centre du pays depuis l’Espagne et se jette dans l’océan à hauteur de la capitale Lisboète. La région située au sud du Fleuve est traditionnellement considérée comme très différente : on ne parle pas par hasard de « Alem-Tejo », autrement dit la terre au-delà du Tage. Les températures moyennes y sont beaucoup plus élevées que dans le Nord.

L’océan garantit que le climat se différencie clairement de celui des autres pays viticoles d’Europe méridionale, et son effet rafraîchissant permet une bonne conservation de l’acidité dans les raisins durant la maturation.

 

Les cépages, une diversité incomparable
La vaste panoplie de cépages autochtones que présente le Portugal est son second atout majeur. Au cours du XXe siècle, nous avons assisté à une rationalisation importante de la production dans tous les pays viticoles traditionnels. De nombreux cépages locaux ont dû céder leur place et furent remplacés par une poignée de cépages jugés plus efficaces. Ce processus a engendré une omniprésence de variétés telles que le Cabernet Sauvignon, le Merlot, le Chardonnay ou la Syrah. Leur succès s’explique à la fois par leur culture plus aisée et par une grande popularité du goût des vins qu’ils permettent d’obtenir.

Parce que le Portugal était jusqu’il y a peu très isolé économiquement, il a raté le train de cette ‘optimalisation’. La majeure partie du vin produit était consommée localement et dans les anciennes colonies. L’influence extérieure est donc restée limitée.

Dès lors que l’isolement a été rompu, le Portugal a pu proposer une énorme diversité de cépages disparus dans de nombreux autres endroits. Ces variétés ne semblent pas toujours être aussi productives et les vins obtenus ne conviendront pas nécessairement aux goûts du plus grand nombre, mais ils constituent une base de choix pour l’élaboration de vins originaux et authentiques. Le Portugal, avec sa production relativement modeste, semble parfaitement adapté pour un acteur de niche, et est devenu un point de départ rêvé.

 

Petites parcelles
Ces cépages locaux sont souvent plantés sur de petites parcelles. À l’exception de l’Alentejo, il n’y a pratiquement pas de grandes zones agricoles contiguës et faciles à cultiver au Portugal. On retrouve par conséquent un grand nombre de propriétaires de petites parcelles dans la plupart des régions viticoles. Au moment du régime socialiste, dans le milieu du XXe siècle, ces derniers furent encouragés à ne pas transformer eux-mêmes leurs récoltes, mais à confier leurs raisins à des coopératives. Aujourd’hui, les producteurs qui vinifient eux-mêmes leurs raisins, doivent par conséquent travailler à petite échelle, et cela stimule la recherche de qualité. Cela les pousse notamment à choisir de conserver au maximum les plants les plus anciens. Les vieilles vignes ont un rendement moindre et nécessitent presque toujours un travail manuel, mais la qualité de leurs fruits est largement supérieure.

 

Techniques traditionnelles
Cette manière de travailler facilite également le choix des techniques traditionnelles. Avec une approche à grande échelle, la technologie moderne s’impose rapidement. Pour le petit producteur, il reste possible de tirer profit de cette technologie tout en privilégiant une approche artisanale et naturelle. Une des techniques les plus étonnantes qui reste d’actualité au Portugal est la fermentation du raisin dans des cuves ouvertes, associée ou non au foulage des raisins aux pieds. Cette méthode permet une extraction douce et contrôlée des arômes des raisins.

En outre, de nombreux producteurs travaillent encore aujourd’hui avec une fermentation dans des amphores en terre cuite. Il n’est pas rare d’apercevoir ce type de contenant à côté de cuves en inox ou en béton, voire de grands foudres en bois. Selon le style de vin recherché, la méthode la plus adaptée sera choisie.

 

Nous trouvons aujourd’hui au Portugal un mélange fascinant entre vins plus modernes et vins traditionnels. Et dans les vins de qualité, on retrouve une fraîcheur qui n’est rendue possible que par ce climat atlantique. Cela leur donne une valeur ajoutée gastronomique qui attire de plus en plus d’amoureux du vin.